Sur la ligne, pour toujours, le fantôme de Boston

Tous les marathoniens du monde partagent un truc. Par-delà les frontières, quel que soit leur âge, il y a ces souvenirs communs moches comme une bandelette ilio-tibiale qui fait mal: les entraînements sous la pluie, les blessures, le «mur» du 30e kilomètre… Et puis il y a ce grand bonheur, cette félicité qui s’incarne dans la ligne d’arrivée, à la fin des mythiques 42,195 km. Lundi, à Boston, cette ligne d’arrivée était maculée de sang.

Deux documents ont attiré mon attention.

D’abord cette photo exceptionnelle de John Tlumacki (The Boston Globe/Getty Images). Si je ne dis pas de connerie et si on me pardonne la vulgarité qui consiste à évoquer un prix photo au moment où des familles sont en deuil, c’est une photo à World Press.

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Et puis il y a ce très joli texte de Susan Orlean, une journaliste écrivain qui raconte dans le New Yorker ce qu’elle a aimé dans son marathon de New York, ce que les marathoniens partagent au delà de leurs ampoules au pied et puis un peu, en creux, ce que sont les Américains. C’est dit très simplement et comme ça correspond très exactement à ce que j’ai vu et aimé à NYC, je te le fais passer.

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Plus chiant tu meurs

Il y a plus chiant que d’écrire un livre sur le clavier d’un BlackBerry. Il y a plus barbant que d’entendre Bernadette Chirac donner ses consignes de vote. Il y a même quelque chose de plus relou que d’enlever à la chaîne le cellophane de CDs neufs, les jambes embourbées dans des sables mouvants humides et froids tout en écoutant les conseils d’éducation criés dans une oreille par sa belle mère sur fond de Lana del Rey chanté par une chorale d’enfants corses.  Il y a reprendre la course. Quand tu as déjà bouclé 42 km, en chier comme un martyre pour en finir avec un 4k a quelque chose de dépressif. La course ne ment jamais. Mais voilà, après avoir provoqué un quintuplement des profits déjà TOTALesques de tout ce que Washington compte de kiné, médecins du sport et podologues, et donc naturellement des concessionnaires Mercedes et Cadillac de la région, je crois que je me suis débarrassé de cette coquine d’infection à cette salope de bandelette ilio-tibiale (si un éditeur est preneur d’un livre en trois volumes sur la question, je suis chaud comme la braise) et du coup, je me dis qu’il y a moyen de faire n’importe quoi: en clair le marathon de Paris alors qu’il n’y a plus que 25 jours pour se préparer. Finalement: il y a plus con. Un marathonien, l’Américain Meb Keflezighi, s’est blessé au pied pendant le dernier 42k de New York. Comment ? Le Yankee avait oublié une bandelette nasale dans sa chaussure. Heureusement qu’il n’avait pas oublié son iPod. Ou son casque de moto… Ou sa moto. Vive l’Amérique. Cheers et see ya.

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Marathon de Paris, jour “J” -100

Fini les encouragements gratuits, les gros partout et le fighting spirit gravé dans l’ADN. Bienvenue chez les dépressifs en Zadig et Voltaire qui réservent leur “clap, clap” aux mecs qui finissent 2ème et après: dans 100 jours, le marathon de Paris. Après deux mois sans s’entraîner, sans courir, même pas une foulée, même pas une seconde, même pas pour jouer au ping-pong. Après deux mois passés à gérer l’humeur d’une salope de bandelette ilio-tibiale plus capricieuse qu’une star de foot californienne sur le point de rejoindre la Porte d’Auteuil. I’m back.

Quand tu penses qu’à New York ils se sont cassés la tête pour réussir à passer dans les 5 boroughs et que nous à Paris on ignore la rive gauche comme des bonnes cailleras de la Grange-aux-Belles, tu te demandes si c’est pour laisser tranquilles les séniors à chapeau du Bon marché ou bien ?

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Happy end

Le marathon de New York est un film. Une super production bien gaulée qui commence par l’hymne US. Nous sommes à Staten Island, au pied du Verrazano bridge. Il n’y a pas un nuage, il fait 8 degrés, c’est parfait pour courir. Autour de moi, les 15.000 personnes de la deuxième vague de départ, coincées sur un terre-plein géant entre les péages du pont et la ligne de départ. Une chanteuse qu’on ne voit pas entonne le Star Spangled Banner. Tout le monde s’arrête. De s’étirer, de parler (français, souvent), de se prendre en photo dans les bras d’un policier new-yorkais. Déjà t’as les chocottes, ça fait des mois que tu prépares ce truc et, fort d’un sixième sens incroyable, tu sens que ça approche. En plus tes voisins ont la chair de poule et c’est contagieux. Coup de feu pour lancer le défilé et dans la foulée Franck Sinatra qui s’époumone: “I want to be a part of it: New York, New York“. Là t’as clairement les larmes aux yeux, les genoux qui dansent la Macarena et les images du but de Trézéguet contre les Italiens qui défilent dans la tête.

Kilomètre 0: C’est parti sur le Verrazano. Soit l’une des pires côtes du parcours pour commencer. Le Verrazano, c’est le mythe, c’est la bande-annonce. Au JT de 20 heures quand Delahousse et Chazal te balanceront un off du marathon de Niou Yorque entre un sujet sur le ballet de Saint-Pétersbourg et la météo, c’est le Verrazano vu de haut qui va te nettoyer la rétine. Au-dessus de nous un hélico fait des images pour Delahousse et Chazal.

Kilomètre 3: C’est à la descente du pont que l’intrigue du film se dessine. Des new-yorkais partout, des pancartes dans tous les sens, des cris sans arrêt: bienvenue à Brooklyn. Les Américains ont ce truc incroyable qui veut qu’une grosse mama black de Brooklyn, qui n’a rien à voir avec l’organisation et qui n’a probablement jamais couru le moindre 5k,  prépare un saladier entier de bananes coupés en morceau pour rassasier des runners, y compris le petit bourgeois blanc qui ne connaît de Brooklyn que Williamsburg et ses groupes de rock et encore, près de Bedford. Pour remercier la mama en question, souvent le runner se déguise.

Kilomètre 7: Là on est au tout début de la course. Le poulet fait le malin mais il finira en 06h08. Le pompier fait le malin mais il finira en 05h33. Alors que le vieux monsieur probablement hollandais entre les deux va les éclater en 05h12. Le marathon écrase les rigolos et récompense les besogneux. Le marathon est un plan de rigueur.

Kilomètre 15: Les coureurs ne sont que des figurants. Même les champions. Qui se souvient du nom d’un vainqueur du marathon de New York ? D’ailleurs cette année, le vainqueur est Kényan et s’appelle Mutai et son dauphin est Kényan et s’appelle Mutai… Et même pas frères. Non, la star, c’est le public, les orchestres au bord du parcours, le nobody ou la girl next door qui brandit sa pancarte. A Williamsburg où on vient de rentrer, et tout au long du parcours, notre ami new-yorkais est inventif et sa pancarte nous rappelle que l’humour se conjugue aussi à l’Américain même si, bon, quand même, à choisir on aimerait bien voir ce que ça donne les pancartes au marathon de Londres… Dans le public, quatre bras s’agitent pour moi alors je souris et j’accélère la foulée #beaugosse.

Kilomètre 25: C’est le Queensboro bridge pour rejoindre Manhattan. On ne l’apprend pas assez à l’école mais le Queensboro bridge mesure 2,3 kilomètres dont 80% en montée. Le Queensboro bridge, c’est le grand tronçon de pavés de Paris Roubaix, le début du quatrième set à Rolland Garros, les Pyrénées dans le tour de France, c’est le moment où tu comprends que tu vas en chier à en regretter d’être né. On court sous les rails de trois lignes de métro, il fait sombre, beaucoup de coureurs se mettent à marcher pour la premières fois, certains s’arrêtent pour s’étirer, un mec retire ses pompes. Moi je viens de comprendre un truc que je n’oublierai jamais: un marathon c’est pas deux semi-marathon, c’est une autre langue avec un autre alphabet, une autre syntaxe, plein de sons impossible à prononcer et pas de sous-titre. Un marathon c’est Arte, cinq heures d’affilée.

Kilomètre 27: “Quitting is not an option” comme le proclame le maillot de certains runners. Mais l’air de rien, j’y réfléchis. Un petit diable, dans ma tête, commence son lobbying. Et ça, ça n’était pas au programme. Je me dis que je suis un vrai con d’avoir dit à tout le monde que j’allais courir le marathon. J’aurais dû la jouer low-profile, comme ça je pourrais abandonner tranquilou, prendre un taxi, rentrer chez moi, reprendre une vie normale à base de bons petits plats, de petits cafés tranquilles, de petites blagues rigolotes. Je pourrais lire les tweets de @koliaDelessale ou revoir les plus beaux coups francs de Pauletta. Une vie provinciale et ouatée, Washington quoi.

Kilomètre 30: Justement, un mec avec un maillot du PSG court juste devant moi. Au bout de quelques minutes, il arrête de courir, comme s’il avait décidé d’abandonner. Je lui tape dans le dos en lui criant “allez PSG, allez“. Un photographe de l’organisation me voit et me mitraille, persuadé d’avoir trouvé la mère Thérésa du marathon, un GI modèle pas du genre à laisser tomber un frère blessé sur le champs de bataille. Non mec, désolé, juste un ancien abonné au Parc “où tu es nous sommes, tu ne seras jamais seul car nous deux c’est pour la vie“. Des mères Thérésa, il y en a: les guides en jersey jaune fluo qui encadrent par deux chaque coureur aveugle, chaque handicapé en chaise roulante.

Kilomètre 36: arrivée à Central Park. On m’a expliqué 100 fois que “Central Park c’est l’horreur, tu crois que t’es arrivé et en fait il te reste 6 kms“. Et en fait Central Park c’est l’horreur, tu crois que t’es arrivé et en fait il te reste 6 kms. Je ne verrai plus jamais ce park de la même façon. Tu ne le savais pas mais tout est vallonné dans Central Park. Le première montée me flingue. Je me dis “c’est bon, après y a une descente“. Et la descente c’est pire. Je me dis “vivement la montée, si y a encore une descente je me jette contre un arbre“. Je cours comme je peux. Ma jambe droite est quasi parfaitement tendue. Pour ne pas qu’elle bute par terre, je lui fais faire un demi cercle en l’air. Parfois je me demande comment je vais faire pour enjamber la peau de banane, la bouteille d’eau ou même le gobelet Gatorade écrasé qui se présentent devant moi. Un faux geste du bras déséquilibre tout mon corps. Je me dis que je n’ai plus aucune influence sur mon corps. Que la seule chose sur laquelle je peux me concentrer c’est de ne pas tomber, de ne pas faire d’erreur. Mon genou droit est une centrale nucléaire qui balance un coup de jus dans le bas de ma cuisse à chaque fois que je pose mon pied par terre. Je sais ce que c’est d’avoir 85 ans et c’est moche. Je me dis qu’un marathon pourrait faire 38 km. Il n’en serait pas moins mythique, ça n’offusquerait personne, personne n’irait occuper la Défense ou Wall Street si un marathon faisait 38 km. Et moi je serais arrivé. Putain de Grecs.

Kilomètre 42,195: Dans ma tête, je suis persuadé que je vais m’écrouler sur la ligne d’arrivée. Je pense aux bénévoles qui vont me relever et me transporter sur une chaise roulante jusqu’à une tente de la croix rouge locale. J’en suis convaincu. Je me demande s’il va falloir que je paye quelque chose. Au moment fatidique, rien de tout ça. Je mobilise toutes mes forces pour ne pas pleurer mais j’en chiale une quand même. Ma voisine éclate en sanglot. Tout le monde est super content d’être un “finisher”. Moi je suis super heureux d’être un finisher. Et d’être aussi, un peu plus qu’il y a 04h52, un New yorker. “New York, New York, I want to wake up in a city that never sleeps, And find I’m a number one, top of the list, King of the hill, a number one“.

Cheers & See ya.

Toutes les photos datent de l’édition 2011 et viennent pour la plupart du DailyNews. Thanks.
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Journal de bord: mes 100 jours d’appréhension

Jour J -100: Je montre le tracé du marathon de NYC à madame. “Je pense sincèrement que tu vas mourir”.

J-99: Le trail sur lequel je cours à Washington passe devant un cimetière. J’essaye de ne pas y penser.

J-96: Je cours le semi de San Francisco, en 2h10.

J-81: J’ai mal à la cheville droite.

J-80: J’ai mal à la cheville droite.

J-79: J’ai mal à la cheville droite.

J-78: J’ai mal à la cheville droite et au bras droit.

J-77: Je vais voir un podologue. Il me dit que je n’ai rien à la cheville et qu’il ne peut rien pour mon bras parce que c’est normal, il est podologue.

J-76: J’ai mal à la cheville droite et au bras droit.

J-75: J’achète un magazine de runners, “Runner”, je me dis que comme ça, je vais courir plus vite.


J-74: J’achète de nouvelles chaussures, je me dis que comme ça je vais courir plus vite.

J-73: Yen Nguyen a couru 400 marathons. Yen Nguyen me fatigue.

J-72: J’ai toujours mal à la cheville droite et au bras droit.

J-71: Malgré mes Mizuno rutilantes, je ne cours pas plus vite. Je décide de perdre du poids. #relou

J-69: Première séance de stop and go. Le stop and go ? Tu cours très vite dix secondes, lentement 20 secondes, très vite 10 secondes etc. Je rentre. “J’en peux plus, j’en ai plein le cul, c’est un truc de con, j’y arriverai jamais. Quelle chienlit ce truc”. C’est ça le deuxième effet du stop and go. Le premier, c’est que tu vomis.

J-60: Y a un type qui a tapé “Pierre Moscovici naked” sur Google. Déjà c’est bizarre. Mais en plus ce type a fini sur mon site.

J-58: Y a plus de place dans les bus qui t’amènent à Staten Island sur la ligne de départ du marathon. Hors, Staten Island c’est hyper loin. J’en ai marre.

J-57: Y a plus de place pour dormir à NYC le week-end du marathon. Évidemment ducon! #soupir

J-56: Je décide de faire un post sur les people qui ont couru le marathon de New York: PPDA, Yannick Noah, Bernard Kouchner… Pour booster l’audience de mon site.

J-55: Je me dis que je suis une raclure. J’abandonne cette idée.

J-51: Je cours le semi-marathon de Philadelphie en 01’59”09

J-50: J’ai mal au genou droit

J-49: J’ai mal au genou droit

J-48: J’ai mal au genou droit

J-47: Y a un mec il a couru 7 marathons en 6 jours. Ah oui et comme c’était trop simple comme ça, il a fait ça sur 7 continents. Ce type me fatigue.

J-45: Un scandale d’Etat éclate en France

J-44: Un nouveau scandale d’Etat éclate en France

J-43: Un autre scandale d’Etat éclate en France

J-42: Un autre encore scandale d’Etat éclate en France

J-41: Malgré les scandales d’Etat, j’ai mal au genou droit.

J-40: Je vais voir un spécialiste du genou. Au téléphone la standardiste me demande  de quel genou il s’agit. Il y a vraiment des spécialistes du genou DROIT ?

J-37: J’arrive dans le bureau du spécialiste. Au mur, que des posters de dessins des articulations du poignet. Je suis dans le mauvais bureau.

J-34: Le spécialiste m’a prescrit des étirements et boire de l’eau. Je n’ai pas essayé mais je savais que ça ne marcherait pas.

J-33: Je vais voir un autre spécialiste. Il me fait une piqure de cortisone dans le tendon du genou. Sa mère.

J-32: Je n’ai plus mal au genou mais je ne peux plus plier ma jambe.

J-31: J’ai réussi à lever les 2.500$ requis pour participer au marathon. Merci à tous.

J-30: Je peux à nouveau plier ma jambe mais j’ai à nouveau mal au genou.

J-29: Je n’ai plus couru depuis trois semaines. Je m’inscris dans un club de gym. Au programme: biking and swimming.

J-28: C’est bizarre les clubs de gym. Tous ces types qui misent tout sur le physique.

J-27: D’un côté les filles font du tapis roulant avec des jolies petits body Nike comme dans les pubs. De l’autre des Mexicains épais lèvent de la fonte. Et moi, qui doit choisir mon camps…

J-25: Je me remets à courir. 3 km. Comme un puceau.

J-23: J’ai mal au genou droit quand je cours, très mal quand je m’arrête de courir. Ça pourrait être pire, ça pourrait être le contraire.

J-22: C’est les primaires socialistes.

J-8: De la neige tombe à New York. Je commence à croire à la théorie du complot. Mais pourquoi la CIA m’en voudrait-elle ? Parce qu’elle sait.

J-7: “Drag Queen Race” autrement appelée “High Heels Race” à Washington. Je ne participe pas à celle là. Pourquoi ? Parce que c’est un sprint, ça ne sert à rien.

J-5: Je boîte. Et j’ai besoin d’aide pour enjamber la baignoire et prendre ma douche. C’est long comment déjà un marathon ?

J-4: J’arrive à New York. Cette photo en témoigne:

J-3: Le ingNYCmarathon m’envoit un mail pour me dire de lever les bras et de sourire à l’arrivée pour la photo. Mais je fais ce que je veux.

J-2: Village expo pour récupérer le brassard. Je vais au “cancelation desk”, regarder les mecs qui abandonnent. Ça me motive.

J-1: J’ai peur. Je décide que mon objectif est de faire mieux que PPDA en 2001: 04h58. Du coup je me dis que j’ai le droit de boire du vin.

“D” Day: Merci pour votre attention.

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Le runner, l’internaute, ces détraqués

A J-2, il est grand temps de me présenter un peu.

Ca c’est le park où je vais courir comme un lapin depuis des mois:

Je ne connais pas cette personne. Mais quand tu recherches des photos de ce park dans Google image, tu tombes sur plusieurs clichés de jeunes femmes. Et en général c’est parce qu’elles ont été tuées pendant qu’elles faisaient leur jogging. C’est aussi ça Washington.

Ca c’est une partie de ma playlist pour dimanche:


Ca commence par un MP3 de 30 minutes de silence (pas évident à trouver, merci Mathieu) pour bien profiter de l’ambiance au début, il paraît que t’en as les chocottes qui montent au grenier.

Et ça c’est ce que les gens tapent sur Google pour arriver sur mon blog:

C’est tout à fait authentique et ça laisse une petite idée de la fonction première d’internet.

Ce qui nous amène à relativiser un peu les envolées lyriques de notre président quand il parlait il y a quelques semaines d’internet:

Cheers & See ya

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Le gazouilli lointain de la tornade enturbannée

La ville de New York a cela de commun avec celle du Mans qu’elle s’adonne au naming comme une folle et, comme le stade du Mans ne s’appelle pas “Le stade du Mans” mais le MutuelleduMansarena, le marathon de New York ne s’appelle pas “Le marathon de New York” mais The INGnewyorkcityMarathon. Bref, The INGnewyorkcityMarathon m’écrit régulièrement sur Twitter. Et aujourd’hui The INGnewyorkcityMarathon m’a dit ça:

Comme j’ai une tendinite au genou et que je me remets à peine à courir, ce tweet-à-la-David-Guetta m’a cassé les rouleaux avec son countdown anxiogène. Surtout qu’il est accompagné d’une bonne douzaine de mails par semaine du type:

MAIS JE SAIS qu’il reste que trois semaines, j’en dors pas la nuit. Alors puisqu’on me demande mon avis, je le donne:

Et c’est là que Twitter, c’est fort: depuis j’ai plus mal au genou. Non je déconne. Depuis des types me conseillent:


Tu parles d’une vie… Comme si tout cela ne suffisait pas, j’ai appris dans la foulée qu’une Américaine, Amber Miller, 27 ans, avait accouché sept heures après avoir couru le marathon de Chicago.  La marathonienne nous explique que les contractions qui l’ont cahotée pendant la course ne l’ont pas alertée car de toutes façons, elle a toujours des contractions quand elle court. C’est elle:

Vous avouerez que le bébé a l’air claqué. Derrière, en arrière plan, vous pouvez voir la photo poster d’une femme qui donne naissance à une femme d’une vingtaine d’années. C’est aussi ça Chicago.

A peine le temps de s’en remettre que les infos m’envoient en négatif un autre Stabilo surligneur de ma méforme pathétique: “la tornade en turban”. La “tornade en turban”, c’est un Indien de 100 ans qui a bouclé dimanche le marathon de Toronto en 8 heures et des brouettes de Nike. Fauja Singh a déclaré que réussir ça c’était “comme se marier une deuxième fois” et du coup on ne sait toujours pas si c’était un moment heureux. On sait juste que c’était son 8ème marathon et qu’il a couru son premier à 89 ans. Fauja c’est lui:

Bref, me voilà avec le moral dans les chaussettes kalenji, pris en sandwich entre un comte twitter arrogant, un turban sikh et une femme plus courageuse que mon genou droit. Comment s’en sortir ? Comment finalement réussir à courir ce marathon sans courir le moindre mile dans la phase de préparation ? Google allait m’aider à trouver.

A Newcastle, un homme a trouvé la parade. Il a pris les transports en commun. Au 35e km du marathon, Robert Sloan a pris le bus pour rejoindre la zone de l’arrivée. Là il s’est caché dans des buissons. Et puis il a surgi comme un guépard pour franchir la ligne. Et aux gens qui, s’étonnant de son temps canon, notamment sur le dernier tronçon, ont commencé à évoquer une éventuelle triche, le Rob a levé le menton et dit: c’est une accusation “risible”. Mais on ne sait pas s’il est conseillé par Euro RSCG pour sa com’. Bon et puis après il a admis. Bien tenté mec. Mais j’ai trouvé plus con. Quand t’as une tendinite au genou t’as pas le droit de courir mais t’as le droit de faire de l’elliptical. Pour les gras du bide incultes qui ne fréquenteraient pas les salles de gym remplis de stewards et de grand renois de Columbia Heights, l’elliptical, c’est ça:

Et ben y a un type, il a fait son marathon là-dessus. Pourquoi ? Parce qu’il a trouvé que c’était plus mieux. C’est plus simple pour boire, ça permet de savoir combien de calories tu perds et puis t’es pas obligé de te coltiner la foule au départ et à l’arrivée. Il a même lu un livre, le bougre. Ce qu’il ne dit pas c’est que l’elliptical c’est à peu près le truc le plus chiant à faire au monde. Alors quatre heures d’elliptical… C’est un peu comme si tu t’imposais d’écrire des textos pendant quatre heures, d’ouvrir le cellophane de CDs neufs pendant quatre heures, ou bien de se mettre et de s’enlever des lentilles sans s’arrêter pendant quatre heures. Ca n’a pas de sens. Contrairement au tracé d’un marathon.

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