C’est l’avantage d’avoir une tendinite au genou, ça laisse du temps pour faire des interviews. Chargé de mission auprès “de la Préfète des Deux-Sèvres”, Philippe Paillaud, 58 ans, est un adepte de Twitter (@PhilP79), un écolo à la dure et un marathonien en mode vénère. Il a couru 21 marathons sur 7 continents. En 3h36 à Dubaï, en 5h57 en Antarctique. Entre les deux à Tahiti, Pékin, Louxor, Dublin, New York. Il est le premier français à avoir intégré le Seven Continents Club. Il a couru le marathon du Médoc en poussant une chèvre sur une charrette et en bêlant pendant 42 bornes. Et en plus il a peut-être commis la couverture la plus moche de l’histoire du livre. Que des bonnes raisons de l’avoir.
- Tu as couru le marathon de New York avec Bernard Kouchner. Avait-il tendance à pencher vers la droite ? – Je ne me souviens pas trop s’il allait plutôt à gauche ou plutôt à droite , mais en tout cas il ne reculait pas ce qui prouve qu’il a su s’adapter aux conditions du jour. Un avantage en politique…
- Tu as fini premier français du marathon de Santiago du Chili. L’as tu mis sur ton CV même si vous n’étiez que deux Français ? – Non car mon équipier menaçait de révéler au monde que j’étais également l’avant-dernier Français. Mais j’ai fait mieux depuis, en Antarctique: 1er Français sur 1.
- A Marrakech, tu n’as pas eu de médaille à la fin du marathon parce que les bénévoles qui avaient participé à l’organisation en ont tous pris une. Ces Marocains, tu avoueras… – Ce n’était pas tant les bénévoles que les policiers chargés de la surveillance. Donc la protestation était plus “feutrée”. Mais la faute a été réparée par la suite, les choses sont rentrées dans l’ordre. Ce qui est la moindre des choses au pays du célèbre et millénaire proverbe berbère “Un marathon sans médaille est comme un couscous sans merguez”.
“Le meilleur public du monde, c’est New York”
- Tu as couru des marathons dans le monde entier, quelle est la question qu’on t’as le plus posée ? – C’est plus une remarque qu’une question. On me dit régulièrement “Vous êtes merveilleux, un exemple pour la jeunesse de notre pays”.
- Quelle est la réponse à cette question? – “Oui, tout à fait”
- Dans quel pays y a-t-il eu le plus d’ambiance? – La meilleure ambiance au sein du peloton, c’est incontestablement le Marathon du Médoc. Mais pour le public, c’est New-York, et de très loin!
- Quel souvenir te donne envie de rigoler, lequel envie de pleurer? - Envie de rigoler, c’est quand, à la suite d’une erreur d’aiguillage des commissaires de course, à Istanbul, nous nous sommes retrouvés à 6 copains trottinant tranquillement rattrapés soudain par 2 ou 3 Kenyans déboulant à 20 km/h qui étaient les leaders du marathon! Les Kenyans, les officiels, la presse faisaient une drôle de tronche! Envie de pleurer ? De douleur, à Rotterdam où j’ai continué à courir plus de 10 km avec une fracture de fatigue. Le matin suivant a été particulièrement délicat à gérer!
“Si je n‘ai pas d’ampoules aux pieds, je photographie celles d’un copain“
- Pourquoi les marathoniens aiment-ils autant publier des photos de leurs ampoules aux pieds ? - Parce que les ampoules restent la meilleure explication pour justifier un résultat moyen. Moi, quand je rate ma course, si je n’ai pas d’ampoules, je photographie les pieds d’un copain qui a les pieds en sang. Ça impressionne et attire la compassion plutôt que les moqueries.
- Quel souvenir gardes-tu du marathon de New York? – Pas un souvenir, une foule de souvenirs! C’était mon premier marathon, et sur le parcours le plus mythique au monde. C’était au départ l’angoisse de partir dans l’inconnu, sans savoir ce que représentaient 42,195 km. Puis l’ambiance, la souffrance aussi, mais la surprise de terminer et de se dire qu’après tout, ce n’était pas si terrible. Je n’ai rien oublié de ce premier marathon et c’était pourtant il y a 20 ans. La première fois où j’ai eu une petite larme sur la ligne d’arrivée quand on m’a dit “Well done” J’étais devenu un “Finisher”!
- Un conseil à donner à quelqu’un qui prépare le marathon de New York et qui n’est pas du tout prêt (un copain à moi)? – Il faut qu’il sache qu’il ne fera jamais mieux que ses possibilités du moment. C’est à dire la somme de ses capacités physiques naturelles et de la qualité de son entraînement. Donc il ne fa
ut pas se fixer d’objectifs hors de portée. L’avantage à New-York, c’est qu’on n’ y est jamais seul: quelque soit votre vitesse, il y a toujours quelqu’un à côté de vous. Et le public est présent jusqu’au bout. Il faut donc être conscient de son niveau et se dire qu’on part pour de longues heures. Se dire surtout, que quand tout va bien et que tu as l’impression de voler, ça ne va pas toujours durer, mais qu’à l’inverse, quand c’est la galère totale, il y a de très fortes chances pour que ça s’arrange un peu plus tard. “Patience” et “lucidité” sont des mots plus essentiels que “performance” pour une première expérience!
Propos recueillis par moi.
cet homme a changé ma vie et en plus il le sait, j’ai eu la chance de pouvoir lui dire en direct !
Cécile